Carnet de route

Multiactivité en Corse

Le 18/09/2011 par Kenzo

 

Wouf, wouf ! Bonjour, je m’appelle Kenzo. Mon poil est gris frisotté, mes oreilles tombent de chaque côté de ma tête, j’ai un œil mort, je suis un petit batard croisé caniche et mon petit air innocent fait craquer mon maitre. Mon maitre déteste qu’on dise que je suis un caniche. Il est fort mon maitre, il fait de l’escalade, de la planche à voile et de la moto. Il s’appelle Stéphane. Cet été, il m’a emmené en corse pour les vacances. Aux aiguilles de Bavella, près du petit village de Sonza dans la région de Porto Vechio, au sud de l’île de beauté. Je sais très bien que la Corse s’appelle l’île de beauté. Les hommes me croient bête et ignorant mais je sais plus de choses qu’ils ne le pensent et je les comprends mieux qu’ils ne me comprennent.
On est arrivé le lundi 1er août le matin après un voyage éprouvant dans la camionnette pour descendre au bateau et un voyage en bateau que j’ai passé dans une cage sordide, un mauvais souvenir. Les copains de mon maître étaient déjà sur place en train de grimper et la prise de contact avec le granit corse était plutôt raide. Wouf, wouf wouf, allez ! Ca râpe et c’est coté sec. Par contre, j’ai trouvé que ce n’était pas trop mal équipé. Bertrand, Julien, Brieuc, Anne, Lucie, Pierre et Jérôme, je me rappelle de tous leurs prénoms, étaient arrivé le dimanche matin à l’Ile Rousse où dès 7 h ils s’étaient déjà baignés dans une mer de carte postale pour attendre le train qui devait les emmener à Calvi. Là bas, ils avaient loué un monospace neuf places pour les déplacements, préférant ne pas faire passer de véhicules sur le bateau pour des raisons financières, que je comprends très bien d’ailleurs.
 Bertrand et Julien s’en donnent à cœur joie ce lundi, premiers sur les voies, on les attendra à l’auberge au pied des voies le soir, le temps qu’ils redescendent de la dernière de leurs nombreuses voies en plusieurs longueurs de la journée. Heureusement que mon maître me porte pour revenir. J’adore la montagne et je pourrais facilement marcher tout seul sur ces sentiers pentus et caillouteux. Si je traîne et que je souffle c’est pour être dans ses bras et qu’il m’appelle «  mon loulou » avec sa voix si douce. Wouf ! Je l’aime.
Retour au camping. Il est à vingt minute en voiture des aiguilles de Bavella, le site de grimpe, et à cinq minute à pied de Sonza où une épicerie leur permet de faire des courses d’appoint. Le village compte aussi des boutiques de souvenirs et des restaurants. Le contact avec les corses de ces magasins comme avec les propriétaires du camping, ou les chiens corses, est souvent excellent.
Le mardi, ils grimpent sur un secteur appelé Murzella. Les aiguilles de Bavella forment un massif rocheux composé de très nombreux secteurs qui abritent environ 350 voies dont 200 grandes voies. Murzella convient très bien à mon maître et à ses copains ce jour-là. Mathieu, un grand et beau grimpeur, rejoint le groupe comme convenu. Il a apporté des provisions dans son coffre. A les voir grimper, j’ai l’impression que le positionnement compte pas mal sur ces voies là. Certaines d’entre elles sont formées de taffonies, la dentelle de granit corse, pleine de lunules, de feuilles de granit toutes en arrondies. C’est tout simplement superbe.
Le lendemain, Anne fête ses 30 ans et le soleil brille encore pour l’occasion. Ne sachant pas comment lui montrer mon admiration devant sa beauté toujours resplendissante et sa brillance d’esprit à cet âge idéal où l’on a perdu la niaiserie des 20 ans et où l’on gardé tout l’éclat et la vigueur de la jeunesse, je déciderai finalement, puisque je digère mal le maïs de lui vomir dessus en signe d’affection. Malheureusement, je ne suis pas persuadé qu’elle ait bien compris. Qu’importe, j’avais mal au ventre. Le groupe grimpe à Punta Macao. Les voies sont en trois longueurs et parfois l’équipement n’est composé que de vieilles sangles rongées par le temps et le soleil, passées dans les lunules formées par les taffonies. Ils rééquipent par-dessus. Bertrand et Mathieu y vont au coinceur dans une voie en terrain d’aventure.
Le jeudi, je vais me baigner. Chouette, wouf ! Mais d’abord visite. C’est Bonifacio, le village perché sur les falaises. Après un bon repas au restaurant, un golfe nous accueille de son eau bleue et claire, celle qui fait se pâmer tous les touristes. Masques et tubas permettent d’être le témoin indiscret du quotidien des poissons qui toute l’année profitent du bonheur de ces eaux translucides et qui le partage volontiers avec l’estivant .D’un autre côté, ils ne peuvent pas vraiment  faire autrement.
Les soirées au camping se déroulent autour des cagettes que les hommes ont installées en guise de table. Je tourne autour de la tablée, ou plutôt de la cagettée, chinant de ci de là quelque chose à me mettre sous la dent. Quand la bande de copains est plus occupée par l’apéro que par moi, je me régale en goûtant le repas qu’ils ont préparé. Et quand je me fais attraper, je pars la queue basse. Mais mon maître n’est jamais méchant avec moi… Alors je recommence une autre fois !
La fin de la semaine continue d’apporter la joie et le plaisir qui jusque là a animé le séjour. Vendredi, des grandes voies à Punta d’Aghjavarra qui surplombent un canyon .Le soir, on descend des voies pour aller se jeter dans l’eau rafraîchissante du canyon avant de repartir. On prend vraiment sa patate. L’expression traduit bien le sentiment de tous ceux qui ont pu éprouver ce plaisir. Samedi, les copains en reprennent une bonne tranche. Ils descendent le canyon de la Vacca, guidés par Carlos, un professionnel de l’escalade et du canyon, pas avare de conseils et de tuyaux sur Bavella. C’est lui qui décide de laisser passer ou pas les sauts de neuf et douze mètres qui sont sur le parcours. Entre cinq et dix sauts en tout font trembler et frissonner de peur et de plaisir la bande de copains. Brieuc, Stéphane, Bertrand et Julien sautent 9 m mais seuls Bertrand et Stéphane peuvent se jeter du haut des douze mètres du saut le plus haut de ce canyon. Les copains quittent Carlos pas mécontent d’avoir fait une belle rencontre. La pétanque du soir permet à tous de se remettre de ces émotions. ( cliquer ici pour voir photos sur un site voisin)
Dimanche, repos. Grasse mat’, lecture, farniente le matin .Les copains sont deux de plus, Baptiste et Floriane. L’après midi certains veulent découvrir le torrent accessible à pied à quinze minute en bas du camping et d’autres, des grimpeurs sérieux et motivés vont reconnaître la marche d’approche pour une grande voie de bon niveau toute en dalle dont Catherine d’Estivelle a dit qu’elle est une des plus belle voies granitiques de France, « le dos de l’éléphant ».
Le lendemain, Baptiste, Pierre, Bertrand et Julien se lèvent avant le lever du soleil pour tenter de gravir les 250 m du « dos » dans la journée. Ils grimperont 7 heures avant de redescendre sans avoir pu terminer. Je vous tire ma casquette avec des trous pour faire passer les oreilles, messieurs ! Avec mon maître et les autres copains on grimpe de la couenne, c’est à dire des voies d’une longueur, et Brieuc et Mathieu sortent un 7 a.
Mardi, on va faire de la planche à voile avec Stéphane. Mais je ne sais pas comment il se débrouille, il casse sa voile le matin et se fait bloquer au large à cause du vent qui tombe l’après midi. J’ai failli aller le chercher à la nage mais j’ai fait la connaissance d’une petite caniche corse sur la plage. On s’est plu tout de suite et elle ne voulait pas que je prenne trop de risque. Elle avait d’autres projets en tête. Elle et moi, c’était fort, c’était violent, purement physique. Son poil noir frisotté et brillant, ses yeux verts et cette queue ! Cette petite queue qui s’agitait langoureusement ! On a fait l’amour comme des bêtes. Après, on était vidés. Le reste de la bande est retourné se baigner et visiter Porto Vechio, et faire un peu de bloc en prime, sur une plage de carte postale.
Mercredi, le temps est plus couvert. Lucie, Floriane, Bertrand, Brieuc et Julien randonnent. Les autres grimpent sur le secteur de Campanella. Baptiste passe un7a en tête. C ‘est mon champion du jour. Brieuc et Mathieu le passeront en moulinette. C’est mes dauphins du jour. Ils sont comme des poissons dans l’eau sur le granit corse, wouf, wouf, wouf ! Vous voyez qu’on peut avoir de l’humour dans la race canine ! Et pan, dans les dents. Jeudi, les copains se divisent en plusieurs groupes pour faire de la grande voie. Baptiste et Floriane font un canyon. La fin du séjour approche .Le vendredi, c’est l’anniversaire de Bertrand. Certains vont faire du bloc et d’autres, une dernière grande voie, « dente di purcarracia » qui se terminera par une dernière baignade dans les eaux inoubliables des canyons corse. Anne et Brieuc restent au camping pour ranger et préparent leur périple de la semaine suivante. Les veinards restent une semaine de plus pour randonner.
Le soir , la meute clos le séjour par un repas au resto pour fêter l’anniversaire de Bertrand, organisateur principal du séjour , qui n’a pas arrêté de communiquer sa bonne humeur au reste de la meute en chantant, en déconnant et même en organisant des jeux. Bertrand, si tu lis ce compte rendu,  je ne t’en veux pas pour le coup de pompe que tu m’as donné. .Jérôme en profite pour se faire fêter aussi son anniversaire avec un peu d’avance, le malin. Un très beau barbu, ce Jérôme, et je m’y connais en poil.
Ca y est, c’est la fin du séjour. Il faut remballer. Stéphane, Mathieu et moi, on reste un peu en corse. Après, Mathieu va partir et je serais enfin seul avec Stéphane…On va pouvoir se faire plein de bisous ! Baptiste et Floriane continuent de leur côté .Les autres déposent Anne et Brieuc au début de leur « mare a mare », une rando qui traverse la corse d’une côte à une autre, et leur souhaite bonne chance pour l’aventure. Puis, ils repartent. Un psychanalyste d’arrière cuisine débutant saurait sans doute interpréter leur difficulté à rendre le véhicule de location dans les temps à Calvi puis leur retard pour embarquer sur le bateau. Ils arrivent en courant et voient la plateforme d’embarquement se lever sous leurs yeux, w …ouf ! Sauvés ! Il faut bien partir !
Les amis regardent la Corse s’éloigner la larme à l’œil, déjà nostalgiques. Bavella restera dans un petit coin de leur tête et de leur cœur. Ils collent un peu, Eh oui ! Il n’y a pas de douches sur le bateau. Ils reviendront, c’est sûr.
Kenzo Poupard






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