Carnet de route

Chemins de traverse de la Cresta Berhault

Le 19/07/2020 par CVJYJN (Claire/Vito/Jean-Yves/Jean/Nicolas)

Il y a 20 ans un certain Patrick Berhault entamait une traversée de l'arc alpin du Triglav à la Méditerranée en 167 jours... L'antépénultième des 22 étapes majeures qui ponctuèrent ce voyage consistait en un solo hivernal de 6 kilomètres d'arêtes dans les Alpes Cottiennes, sur la frontière entre le Queyras et la vallée occitane du Pô, du Col de la Traversette au célèbre "Mont Viso" : la "Cresta Berhault" est ainsi née. Notre projet consistait à aller en titiller les cols et sommets hauts perchés mais encore atteignables par de "simples" randonneurs, en suivant les si bons conseils des frères Vallot (VisoTopo.com) : voici le déroulement de notre pépère épopée!

 

Dimanche 19 juillet

Arrivés "un peu" en retard au rendez-vous donné au parking de la Roche écroulée, au sud de Ristolas, Claire, Jean, Vito et Nicolas retrouvent (et font connaissance avec) Jean-Yves, le cinquième acolyte chaud-bouillant après n'avoir fait qu'une bouchée du "GRP® Tour du Pain de Sucre". Aujourd'hui nous rejoignons simplement le refuge Viso pour y passer la nuit. La montée se fait... bien - l'ancienne route du belvédère du Viso n'est pas transcendante! - les marmottes sont au rendez-vous, peu farouches. Mais l'heure tourne et Nicolas finit par partir en tête sur un rythme un peu soutenu (en courant quoi...) pour rejoindre le refuge avant 19h et prévenir de notre retard. Le reste du groupe arrive un peu après, sous une fine pluie, mais on se réchauffe autour d'un bon repas.

 

Lundi 20 juillet

Après une nuit un peu hachée par les ronflements de la chambrée - et les dialogues improbables qui s'en suivent ! - et un bon petit déj, nous démarrons légers notre première journée. Au menu : Buco di Viso (tunnel de la Traversette) et traversée est-ouest du Monte Granero. À partir du refuge on rejoint assez rapidement le tunnel frisquet. De l'autre côté, côté italien, le spectacle est superbe, avec le Monte Viso en majesté et la plaine du déjà brumeuse. Nous remontons ensuite jusqu'au Passo Luisàs, et c'est là que débute véritablement l'ascension du géant du jour. Nous suivons un système de vires hyper-balisées à la peinture jaune avec quelques passages en II et en III qui nous mène assez rapidement au sommet. Et là nous y sommes, la Madone du Granero, 3170 m., un panorama à 360° qui nous permet de voir assez loin, du Mercantour jusqu'aux Mont Blanc et Mont Rose. Quelques photos et un encas plus tard, nous redescendons la combe de la voie normale-ouest cette fois, traversons notre premier névé pour rejoindre la brèche du Passo Del Lousiras (2924m.) qui nous ramène à la mère patrie sur le chemin du matin. Jean décide de s'offrir en prime une petite arête dans la nebbia avec le début de la voie "Skywalker", de la pointe Marte (3152 m) au col du couloir blanc,et un passage trop bref au lac de Porcieroles. Nous nous retrouvons tous les cinq au refuge Viso pour une seconde nuitée.

 

Mardi 21 juillet

Aujourd'hui nous rechargeons les "gros" sacs et quittons le refuge Viso pour rejoindre le refuge Giacoletti. Nous rejoignons d'abord le lac Lestio -d'où, le nez en l'air vers le passo Giacoletti , on se demande bien comment il sera possible d'y passer! - puis le col Vallente où il y a encore beaucoup de neige. La suite de l'itinéraire tient ses promesses, devenant un peu plus "aventureuse", avec des névés pentus, un couloir détritique pas très agréable, puis une traversée équipée de cordes-fixes un peu exposée au goût de certains! Un beau sentiment d'accomplissement une fois atteint le côté italien, on rêve même un court instant à la "cresta" qui mènerait des alpinistes directement à la Roma... Mais la redescendre en direction du refuge n'est pas moins vertigineuse, Claire, Vito et Nicolas s'y rendent directement tandis que Jean et Jean-Yves font un petit crochet dans la nebbia par la Punta Roma (3075 m) par sa voie normale. Arrivés au refuge nous sommes accueillis par un groupe de bouquetins occupés à se reposer sur les pierres chauffées par le soleil... ou à attendre la livraison des déchets de cuisine du refuge? Ce soir Claire et Vito avaient prévu d'aller dormir dans un bivouac sous le sommet de la Punta Venezia. Mais la météo assez changeante et orageuse, la pluie annoncée, et la fatigue qui s'accumule, font que finalement, après maintes discussions, ce sont Claire et Jean qui partent pour le bivouac après le repas (Polenta numéro 1). Le tout sous des regards à la fois admiratifs et un peu inquiets.

 

Mercredi 22 juillet

La météo a tenu ses promesses, un orage a éclaté durant la nuit, accompagné de fortes pluies. Ceux du dortoir ont fortement pensé à Claire et Jean que l'on espérait bien au sec dans leur boîte de conserve posée à 3000 m d'altitude à flan de montagne. Après le petit-déj nous sortons guetter le retour de nos deux héros qui finissent par redescendre, un peu fatigués mais content de leur expérience. Au programme aujourd'hui : Punta Venezia et Punta Udine. On (re)part pour le Coulour del Porco. C'est très équipé mais assez vertigineux, ça ressemble à une via ferrata mais sans baudrier. Nous atteignons le col (3021m) et 30 minutes plus tard Nicolas, Jean-Yves et Vito arrivent sous la pointe sommitale de la Punta Venezia. Encore quelques pas d'escalade (III), et c'est la récompense. Du haut des 3096 m du sommet on repère ce que nous avons franchi ces derniers jours. Nous redescendons au col du couloir du Porc rejoindre Claire et Jean qui avaient pris le temps de se reposer et nous montons à la Punta Udine, 3022 m. Après une bonne bière et un pique-nique, nous allons repérer les départs des voies d'escalade sous la Punta Udine. Ah! la cresta est... Un projet futur serait-il en train d'émerger? Au soir, repas presque intimiste, Polenta numéro 2, les nuages prennent des formes... évocatrices autour du Viso...

 

Jeudi 23 juillet

C'est une étape un peu longue qui nous attend aujourd'hui, nous quittons le rifugio Giacoletti pour rejoindre le rifugio Granero. Après avoir descendus les névés au nord du refuge Giacoletti, nous empruntons le sentiero del postino "sentier du facteur". Le chemin s'élève ensuite sur le Plan Mait, puis longe le pied des falaises sud du Monte Meidassa, parsemé de nombreuses edelweiss. Après une courte descente sous le col d'Armoine (2689 m), s'impose au Lago Piena Sia une pause baignade... fraîche et revigorante ! La descente se poursuit jusqu'au Lago Arbancie dédaigné pour attaquer sans tarder l'éprouvante montée au colle Manzol (2667 m). Arrivés au col, Jean et Jean-Yves partent pour traversée du Monte Manzol où les attend une sympatrique leçon d'histoire vaudoise dispensée par un affable traileur Turinois, tandis que Claire, Vito et Nicolas optent pour un pique-nique les pieds dans le lago Nero. Nous nous retrouvons tous les cinq dans l'après-midi au refuge Granero où nous avons droit au refuge d'hiver haut-perché pour nous tous seuls...

 

Vendredi 24 juillet

Le programme est assez modeste pour aujourd'hui, mais ça s'accorde bien avec la fatigue qui commence à s'accumuler. Nous avons prévu une boucle par un modeste sommet sur la frontière, le Schina d'Asou "Dos d'Âne". Notre itinéraire démarre en passant sous la barre rocheuse qui s'élève au-dessus du lago Lungo. La montée est plutôt efficace au milieu d'un dédale de dalles poncées par un glacier disparu et nous atteignons assez rapidement le Passo Seillierino "pas du Sellard" (2884 m). Petite incursion sur le versant français où nous tâchons de perdre le moins d'altitude possible pour atteindre au mieux le col Seillière (2851 m), et de réfréner Vito dans ses penchants pour la proche compagnie des vieux bouquetins... Nous attrapons l'échine saillante de l'équidé pour la suivre en funambules jusqu'au sommet : Schina d'Asou (2926 m). Le retour en Italie se fait en chevauchant en sens inverse la crête de plus en plus délitée avant de lui préférer le GRP® qui descend du col Seillière et nous ramène au refuge Granero sous l'averse. L'après-midi sera occupée par une "formation nœuds" avec la corde emportée par Jean, corde qui devait servir à rassurer/sécuriser les personnes qui auraient pu se trouver en difficulté... mais nous n'en aurons finalement pas eu besoin. Et au soir, incroyable : Polenta numéro 3! (regard noir de Nicolas) Mais où est la célèbre "pasta" transalpine? On se console en vocalisant sur les accents toniques de la Panna Cotta!

 

Samedi 25 juillet

Dernier jour de notre trek dans les Alpes Cottiennes. Le retour s'effectue par une descente dans le Val Pellice en empruntant d'abord le GRP® du Pain de Sucre avant de le quitter pour monter au colle Vittona "col Nalbert" (2579 m). Côté français, les ponts de neige tiennent modérément... Ensuite une descente en forêt nous amène à la route qui remonte au parking de la Roche écroulée, où nous retrouvons les voitures.

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